Les Cévennes, un territoire de grande randonnée par essence
Reliant les causses calcaires, les crêtes forestières et les vallées profondes, les Cévennes forment un labyrinthe fascinant pour le marcheur. Ici, nulle ligne droite, mais un enchevêtrement de sentiers, balisés depuis des décennies et inscrits pour certains dans l’imaginaire collectif grâce à des écrivains comme Stevenson ou à l’engagement des habitants. L’aventure n’est jamais pavée d’avance.
Parcourir les Cévennes de bout en bout suppose bien souvent de tisser ensemble plusieurs chemins de Grande Randonnée (GR) : le légendaire GR70 (chemin de Stevenson), le GR7 (sur la ligne de partage des eaux), le GR67 (Tour du Pays Cévenol) ou encore le GR68 (Tour du Mont Lozère). Chacun a son identité, ses paysages, son histoire. Les combiner, c’est dessiner sa propre diagonale au fil des reliefs et des villages.
Comprendre la géographie des GR cévenols
Le territoire des Cévennes, inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO comme « paysage culturel de l’agropastoralisme méditerranéen, » se révèle dans les faits un véritable carrefour de sentiers. Pour traverser l’ensemble du massif, il est essentiel de bien comprendre la logique des GR de la région :
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Le GR70 : De Le Puy-en-Velay à Alès, sur les pas de Stevenson, traversant le cœur du Parc national des Cévennes. Longueur totale : près de 272 km (Source : Association Sur le chemin de Robert Louis Stevenson)
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Le GR7 : Grande diagonale du Massif central, il rejoint Andorre à l’Alsace, traversant les Cévennes sur l’axe Florac – Saint-Jean-du-Gard – Le Vigan. Longueur sur le tronçon cévenol : environ 115 km.
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Le GR67 : Boucle autour du massif cévenol (Tour du Pays Cévenol) : 118 km intégralement en Cévennes gardoises, passé par Anduze, Mialet, Saint-Jean et Le Vigan.
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Le GR68 : Tour du Mont Lozère, le sommet méridional du Massif central, boucle de 115 km environ. Il croise le GR70 à Cassagnas et Saint-Julien-d’Arpaon.
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Le GR6 et GR60 : Moins connus, mais stratégiques pour relier les Gorges du Tarn ou bifurquer vers le sud-ouest de la Lozère.
Tous ces GR possèdent leurs propres topo-guides, cartes et hébergements partenaires, ce qui rend possible leur enchaînement pour fabriquer un itinéraire personnalisé.
L’art de la combinaison : suggestions d’itinéraires pour une traversée complète
Itinéraire Nord-Sud : De Langogne à Saint-Jean-du-Gard
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Départ : Langogne, porte du Gévaudan et du Velay.
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Emprunter le GR70 jusqu’à Florac. Ce tronçon est particulièrement varié : crêtes dégagées du Mont Lozère, traversée de villages emblématiques comme Le Bleymard, Pont-de-Montvert (haut-lieu de la révolte des Camisards), jusqu’aux vallées profondes de l’altier pays floracois.
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À Florac, possibilité de bifurquer sur le GR7 via Barre-des-Cévennes pour rejoindre Saint-Jean-du-Gard en passant par le col du Rey et Saint-André-de-Valborgne.
Cet axe traverse environ 170 km de linéaire, soit environ 10 à 12 jours de marche pour un randonneur expérimenté. On découvre les deux « visages » des Cévennes : pierre grise du granite en Lozère, tuiles rondes et villages aux accents languedociens dès la descente vers le Gard.
Itinéraire Est-Ouest : Du Mont Aigoual aux Gorges du Tarn
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Départ : Mont Aigoual, sommet météorologique (1567 m) réputé pour ses vents et ses panoramas à 360°.
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Suivre le GR7 jusqu’à Florac.
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Bifurquer sur le GR6 ou GR60 pour rejoindre la corniche des Cévennes puis les Gorges du Tarn via Saint-Chély-du-Tarn ou Sainte-Enimie.
Cet itinéraire d’environ 110 km concentre la diversité géologique du massif (quartzites du Bougès, calcaires caussenards, pélites rouges de l’Aigoual).
Le grand tour en étoile : combiner boucles et traversées
- Penser à réaliser une boucle complète via le GR67 (Tour du Pays Cévenol, 118 km) en le connectant à des tronçons du GR70 et du GR68.
- Cette configuration permet, selon son temps et sa forme, de naviguer du Mont Lozère vers le sud gardois, puis de remonter, créant ainsi un parcours « étoile » à la carte.
- Certaines traversées plus confidentielles utilisent la jonction GR70 (à Cassagnas) et GR68 (à L'Hôpital), ce qui donne accès à la partie la plus sauvage du massif, entre hêtraies d’altitude et chaos granitiques.
Plusieurs randonneurs passionnés partagent leurs traces GPX et retours d’expérience sur les forums et sites spécialisés, comme Rando Cévennes ou GR Infos.
Conseils concrets pour organiser son enchaînement de GR
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Cartes et applications : Privilégier les cartes IGN Top25 couvrant la Lozère Sud, le Mont Lozère, l’Aigoual et les Cévennes Gardoises (1:25 000). Les applications GPX (Visorando, Komoot, IGN Rando) permettent de créer ou d’ajuster le tracé en direct.
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Hébergements et ravitaillement : Le dispositif « Accueil Rando Cévennes » regroupe gîtes, chambres d’hôtes et refuges adaptés aux GR, avec portage de bagages en option. Prévoir des étapes plus longues sur les sections les plus isolées (Bouges, massif de l’Aigoual).
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Logistique et transports : Gare SNCF à Langogne ou Alès pour démarrer/finir des traversées. Navettes saisonnières dans le Parc national (voir site du Parc) ; vérifier les liaisons avant le départ, la zone étant peu desservie en hiver.
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Climat et périodes conseillées : Les mois de mai à octobre sont idéaux ; attention cependant aux orages fréquents en été et à la neige possible jusqu’en mai sur le Mont Lozère ou l’Aigoual.
Points forts et secrets d’une traversée “multigr” en Cévennes
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Patrimoine et histoire : En croisant plusieurs GR, on relie des lieux emblématiques (Pont-de-Montvert pour la révolte des Camisards, Le Mas de la Barque et ses drailles d’estive, Saint-Jean-du-Gard sur le passé protestant).
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Ambiances variées : L’alternance entre gorges fraîcheur du Tarn, landes du Haut-Lozère ou forêts de châtaigniers cévenols rend chaque journée différente. On passe parfois, en une matinée, des tourbières d’altitude aux sentiers bordés de murets.
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Anecdotes et vie locale : Le passage par certains hameaux telles Cassagnas ou Barre-des-Cévennes permet de croiser de tous petits musées (écomusée du Mont Lozère, musée du Désert), des marchés paysans authentiques, ou encore des fêtes pastorales comme la montée des brebis à l’Alpe au printemps (jusqu’à 2500 animaux réunis selon l’association des éleveurs locaux).
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Faune et flore exceptionnelles : Le Parc national abrite 2400 espèces végétales et près de 200 espèces d’oiseaux recensées (Parc national des Cévennes), dont le percnoptère d’Égypte, emblème du Parc, qu’on peut observer sur certaines crêtes.
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Un balisage reconnu : Les GR cévenols sont entretenus par la Fédération Française de Randonnée et de nombreux bénévoles. Chaque année, près de 800 km de sentiers sont contrôlés dans le Gard et la Lozère.
Outils pratiques à disposition
- Guides et topofiches : Les éditions FFRandonnée (GR70, GR7, GR67, GR68), à commander en librairie ou sur leur site (ffrandonnee.fr).
- Cartographie interactive : Plateformes comme openrunner.com ou edit-rando.fr permettent une préparation au détail près.
- Groupes et forums : Les groupes Facebook “Randonnée Cévenole”, les forums de VoyageForum ou le site Stevenson.org pour des conseils d’autres marcheurs.
- Accès aux refuges : Réservations conseillées en saison estivale. Certains gîtes offrent la demi-pension spécifique « randonneurs » (repas adapté, pique-nique à emporter, horaires flexibles).
Un itinéraire type Langogne - Mont Lozère - Florac - Saint-Jean-du-Gard se parcourt en moyenne en 10 à 15 jours. Mais rien n’empêche de composer à la carte ! Dans tous les cas, anticiper reste la clé. Les Cévennes restent une montagne à la fois rude et généreuse : la carte ne remplace pas toujours la discussion avec un local sur la météo ou l’état d’un col !
Un territoire à s’approprier, pas à consommer
Si la combinaison de plusieurs GR séduit de plus en plus les amoureux des grands espaces, la philosophie cévenole s’impose au fil des kilomètres : ici, chaque détour est une occasion de lever la tête, d’écouter le vent dans les châtaigneraies, d’échanger quelques mots avec un berger. Traverser les Cévennes par ses GR, ce n’est pas cocher une case sur une carte, c’est entrer en relation avec une terre aussi sauvage qu’hospitalière, où le temps se mesure d’abord à l’échelle du pas. Et c’est parfois en s’égarant entre deux balises qu’on découvre l’essence même du massif : une liberté rare dans un monde balisé.