Sur la route des bergers : explorer la Lozère à travers son pastoralisme

20/11/2025

Un pays vivant au rythme des troupeaux

Dès le printemps, la Lozère s’anime d’un ballet silencieux mais tenace : celui des troupeaux qui montent en estive, guidés par leurs bergers. Loin d’être une carte postale figée, le pastoralisme façonne encore aujourd’hui cette région sauvage. Entre drailles ancestrales, burons et traditions tenaces, parcourir la Lozère, c'est lire dans le paysage une histoire millénaire.

Le département compte près de 230 000 ovins (source : Agreste, 2022), sans compter les bovins du plateau de l’Aubrac. Cette pratique façonne l’écosystème local : 80 % des surfaces sont couvertes de prairies naturelles ou pâturées, ce qui place la Lozère au premier rang national pour la part de surface agricole utile occupée par l’herbe (INSEE, 2023).

Pastoralisme : comprendre ce savoir-faire cévenol et aubracien

Le terme « pastoralisme » désigne l’ensemble des pratiques liées à l’élevage extensif, sur des terres souvent réputées pauvres, où l’homme accompagne ses animaux pour exploiter de vastes espaces : drailles, landes, pâturages et estives. En Lozère, deux visages du pastoralisme coexistent :

  • Aubrac : royaume des bovins, où la vache d'Aubrac règne sur les vastes pelouses d’altitude.
  • Cévennes et Causses : terre des brebis (principalement la race Lacaune, incontournable pour le Roquefort), parcourues par d’impressionnants troupeaux.

Le pastoralisme n’est pas qu’un mode d’élevage : il s’agit d’un véritable système culturel, économique et écologique. Il façonne les paysages ouverts et les pelouses sèches, prévenant la fermeture des milieux, favorise la biodiversité et protège des incendies.

Marcher sur les drailles : voies d’hier et de demain

Les drailles sont ces chemins traditionnels, témoins millénaires de la transhumance. Destinées au passage des troupeaux et jalonnées de « montjoies » (amas de pierres servant de repères), elles s’étirent sur des dizaines de kilomètres à travers causses, plateaux et vallées.

Quelques drailles majeures :

  • La draille du Languedoc reliait jadis la plaine à l’Aubrac, permettant aux troupeaux cévenols de gagner les pâturages d’estive.
  • La draille de St-Guilhem, entre le Mont Aigoual et St-Guilhem-le-Désert, désormais parcourue par les randonneurs sur le GR60, suit en partie la voie des anciens bergers.

Marcher sur ces drailles, c’est fouler des « autoroutes à moutons ». Plusieurs tronçons sont conservés en l’état, et la toponymie locale rappelle encore les « Pas du Loup », « Chemins des Troupeaux », « Pas de la Bête ».

Repérage sur carte

  • Cartes IGN au 1/25 000 : chercher les mentions « draille », « estive », « col des troupeaux ».
  • Sur Géoportail : la couche « Drailles et voies pastorales » est accessible en surcouche (source : Géoportail).

Trois grands circuits pour découvrir le pastoralisme lozérien

1. Les estives de l’Aubrac : immersion dans la mer d’herbe

  • Itinéraire conseillé: Boucle de Nasbinals – Aubrac – Saint-Urcize (30 km, possible sur 2 jours)
  • À voir :
    • Les burons d’estive : petites bâtisses de granit où les bergers fabriquaient (et fabriquent parfois encore) le fromage Laguiole.
    • Lacs glaciaires (lac de Saint-Andéol).
    • La statue du taureau d’Aubrac, hommage discret à l’animal emblématique du plateau.
  • Anecdote : Si l’estive commence le 25 mai par la transhumance, c’est une fête populaire reconnue, avec 3 000 visiteurs chaque année (source : Lozère Tourisme).

Les pelouses de l’Aubrac sont l’un des derniers refuges du râle des genêts, l’un des oiseaux les plus menacés d’Europe (source : LPO).

2. Les drailles du Causse Méjean : patrimoine caussenard et brebis tête noire

  • Itinéraire conseillé : Circuit du Causse Méjean au départ de Hures-la-Parade (20 km – balisé).
  • À voir :
    • Villages typiques caussenards (Nivoliers, La Parade…)
    • Jasses (bergeries sous voûte de pierre sèche).
    • Élevages et démonstrations de chiens de troupeau à l’Écomusée du Causse.
  • Bon à savoir : Le Méjean accueille plus de 30 000 brebis chaque été en estive, preuve que l’économie pastorale reste un pilier (source : Ecomusée du Causse).

3. Sur les traces de la transhumance en Cévennes

  • Itinéraire conseillé : Du col de Finiels à Ispagnac, via Florac (GR70 puis chemins secondaires, 25 km).
  • À voir :
    • Paysages de crêtes et vallées encaissées.
    • Murets et clédous, canaux pastoraux, anciennes fermes fortifiées.
    • Points de vue sur les pentes autrefois gagnées sur la forêt grâce à la transhumance.
  • Période idéale : Printemps ou automne, pour croiser (avec un peu de chance) un troupeau transhumant.

Le GR70 (chemin de Stevenson) est lui-même inspiré par la logique des drailles, suivant les pas de l’auteur à travers une région marquée par la coexistence séculaire des hommes, des chèvres et des brebis (source : Parc national des Cévennes).

Conseils pratiques pour une randonnée pastorale réussie

  • Respect des troupeaux : Garder ses distances, refermer les clôtures, tenir les chiens en laisse sur les zones d’estive.
  • Périodes clés :
    • Transhumance montante : fin mai - début juin (Aubrac, Causses).
    • D’août à octobre : redescente des troupeaux, parfois organisée en fête (cf. Trèfle lozérien sur l’Aubrac).
  • Documentation à emporter : Une carte IGN, le topo du GR concerné, et, pour mieux comprendre, la brochure « Sur les drailles de la transhumance » (PN Cévennes).
  • Rencontres : N’hésitez pas à discuter avec les bergers, artisans-fromagers ou bénévoles des associations locales. Ils sont souvent ravis d’échanger sur leurs pratiques, tant qu’on respecte leur travail.

De nombreux événements pédagogiques sont organisés chaque année : journées du pastoralisme sur l’Aubrac, visites guidées à l’Écomusée du Causse Méjean, animations de la Maison du Mont Lozère. Pour suivre l’actualité, consulter les sites du Lozère Tourisme ou du Parc national des Cévennes.

Au fil des chemins, une mémoire en mouvement

S’imprégner du pastoralisme, c’est ouvrir un livre de pierres, de murets et de prairies, où chaque balisage, chaque odeur, chaque rencontre rappelle la force d’un lien vivant avec l’environnement. La Lozère offre à qui la parcourt lentement une leçon d’équilibre : ici, l’humain n'est pas hors-sol, mais un acteur attentif, humble, au cœur d’un paysage façonné en dialogue avec les bêtes et les saisons.

Au hasard d’un sentier, écouter le tintement régulier des cloches, surprendre un jeune berger affinant son fromage dans un buron, ou croiser des brebis venues de différentes vallées – autant de scènes simples, mais riches de sens. Profiter de ces moments, c’est entrer, sans tapage, dans la vraie Lozère.

Sources principales : INSEE, LPO, Lozère Tourisme, Ecomusée du Causse Méjean, Géoportail, Parc national des Cévennes, Agreste.