Un sentier d’altitude, racines cévenoles et paysages sans filtre
Partir sur le GR68, c’est s’offrir bien plus qu’une boucle sportive : c’est embarquer pour un grand tour du mont Lozère, véritable sommet granitique des Cévennes, en traversant des paysages dont la force brute colle à la mémoire. Le GR68, surnommé « Le Tour du Mont Lozère », s’étend sur environ 115 km, serpentant entre lignes d’horizon, drailles à brebis, sources cachées et villages où la vie rurale pulse encore. Départ conseillé : Florac, cité cévenole plantée au confluent de trois rivières et point d’accès stratégiquement doux à l’aventure montagnarde.
Cette itinérance, balisée de la mythique marque rouge et blanche, fait le lien entre Sud-Lozère, Gard et écrins secrets du Parc national des Cévennes. C’est le cœur de la Lozère, par ses entrées les plus sauvages, qui se livre à chaque pas.
Chiffres-clés et repères du GR68
- Longueur complète : environ 115 km (variation selon variantes et options d’étape)
- Dénivelé positif cumulé : près de 3 000 mètres
- Durée moyenne : 6 à 7 jours (étapes de 15 à 25 km par jour recommandées)
- Point culminant : autour de 1699 mètres (Mont Lozère, sommet des Finiels)
- Balisage : rouge et blanc (chemin de Grande Randonnée, homologué par la FFRandonnée)
- Période idéale : mai à octobre (passages à éviter en hiver : enneigement, météo changeante, refuges hors service)
Le GR68 tire sa singularité de la variété de ses ambiances : pâturages ouverts, chaos granitiques, sources, forêts anciennes, hameaux perchés… Il offre aussi une rare expérience de solitude et de connexion à la nature, car il reste relativement confidentiel. Selon la FFRandonnée, on compte en moyenne 250 à 350 randonneurs par an sur la boucle complète (source : Fédération Française de Randonnée).
Préparer son itinéraire depuis Florac : conseils et étapes types
Pourquoi partir de Florac ?
Florac n’est pas uniquement une porte du parc national. C’est aussi un carrefour historique de sentiers et un lieu parfait pour démarrer et finir le GR68 : l’offre de transports (lignes de bus, liaisons vers Mende ou Alès), d’hébergements et de commerces permet une logistique allégée.
Étapes recommandées au départ de Florac
Voici une suggestion d’itinéraire (adapté selon niveau et envies) :
- Florac – Pont de Montvert (20 km). Montée progressive vers le col de Salidès, traversée des forêts du Bougès, vues plongeantes sur la haute vallée du Tarn.
- Pont de Montvert – Finiels (18 km). Remontée douce à la source du Tarn, traversée du plateau du mont Lozère et premier passage haut perché.
- Finiels – Mas Camargues (17 km). Vastes landes d’altitude et descentes vers les vallées du Tarn et de la Mimente, passage au Mas Camargues, ancienne ferme transformée en maison du parc (parfaite halte pédagogique).
- Mas Camargues – Le Bleymard (20 km). Enfilade de drailles, alternance de pinèdes, hameaux de granite et derniers plateaux avant la plongée vers Le Bleymard, village authentique et bien pourvu en services.
- Le Bleymard – Bagnols-les-Bains (16 km). Arrivée dans le pays du mont Lozère oriental, découverte des sources thermales historiques (petite station thermale aux eaux ferrugineuses, fréquentée depuis le XIXe siècle).
- Bagnols-les-Bains – Florac (24 km). Grande étape vallonnée pour clore la boucle par des crêtes boisées, retour progressif au plateau de Florac et ses ruelles vivantes.
Ce découpage peut bien sûr être modifié : la région propose de nombreux hébergements en gîtes, chambres d’hôtes ou petits hameaux, ce qui facilite les arrêts intermédiaires.
Le GR68 sur le terrain : à quoi s’attendre ?
Paysages et ambiances traversés
-
Les drailles du mont Lozère : Anciennes voies de transhumance, elles tracent la mémoire pastorale de la Lozère. Les drailles sont ponctuées de montjoies (cairns) dont certaines datent du Moyen-Âge (source : Parc national des Cévennes).
-
Les sources du Tarn : Au pied du pic Cassini, naît une rivière célèbre qui creusera les plus beaux canyons du pays. Le secteur offre aussi des points d’observation remarquables sur les chaos granitiques et tourbières, reliques glaciaires.
-
Puechs et crêtes boisées : Les crêtes du Bleymard ou de Finiels, oscillant entre 1400 à près de 1700 m d’altitude, offrent des vues panoramiques jusqu’aux monts du Velay ou au massif de l’Aigoual.
-
Villages et fermes minérales : Le granit est partout : pierres sèches, toits de lauzes, fontaines, murets, granges centenaires, témoignent d’un mode de vie adapté à la rudesse du climat.
-
Landes et pâturages d’altitude : Ici, les troupeaux de brebis héritent de traditions millénaires. Les paysages évoquent parfois l’Écosse ou le plateau de Millevaches, par leur force et leur ouverture.
Faune, flore et rencontres naturelles
-
Flore montagnarde : On y trouve la bruyère cendrée, la gentiane jaune ou encore les fameuses pelouses à arnica, précieuses pour les bergers comme pour les botanistes.
-
Faune emblématique : Observer un vautour fauve planant au-dessus des crêtes ou croiser la trace du discret cerf élaphe relève ici de l’ordinaire. Plusieurs espèces protégées fréquentent les abords du GR68 (source : Office National des Forêts).
Hébergement, ravitaillement et logistique sur le GR68
Où dormir ?
Le GR68 bénéficie d’une tradition d’accueil solide : gîtes d’étape, chambres d’hôtes, refuges gardés et parfois bivouac autorisé (hors zones protégées strictes – consulter la charte du parc national des Cévennes). Certains tronçons restent isolés – il est impératif de réserver ses hébergements, notamment en période estivale.
- Pont de Montvert : plusieurs gîtes, camping, petites auberges
- Finiels : Chambre d’hôtes et accueil à la ferme
- Le Bleymard : Gîte, hôtel, commerces alimentaires
- Bagnols-les-Bains : Hébergement thermal et location saisonnière
- Florac : Offre très variée, de l’hôtel familial au camping nature
Les solutions alternatives : chambres chez l’habitant, fermes équestres, hébergement insolite parfois accessibles sur le chemin ou à quelques kilomètres (n’hésitez pas à demander l’offre d’hébergement à l’office de tourisme de Florac ou sur le site du Parc national).
Bivouaquer sur le GR68
- Bivouac possible entre 19h et 9h à plus de 1h de marche d’un accès routier, sauf restriction particulière (charte du parc national des Cévennes).
- Respect strict des lieux et gestion des déchets sont la règle : tout ce que vous apportez, repartez avec.
Un bivouac bien vécu s’intègre à la tradition lozérienne de « prendre soin du paysage ». L’expérience d’une nuit au pied des crêtes, alors que les cloches de brebis sonnent sous la Voie lactée, compte parmi les plus beaux souvenirs de randonneurs.
Se nourrir, se ravitailler
Certains villages vous permettront de remplir gourdes et sacs à dos : Florac, Pont de Montvert, Le Bleymard et Bagnols-les-Bains. Sur d’autres tronçons, il faut prévoir autonomie alimentaire sur une ou deux étapes (épicerie ambulante, produits locaux ou lyophilisés de qualité).
-
Anecdote gourmande : Les fromages du mont Lozère, tels que le pélardon ou la tomme de brebis, sont souvent proposés en direct chez les producteurs. Prévoyez un petit détour pour goûter “à la source”.
-
Point d’eau : Attention, certaines sources peuvent être à sec en été. Cartes IGN et application « Rando Cévennes » signalent les points d’eau fiables (source : IGN, Parc national).
Accès, transports et retour à Florac
-
Arrivée à Florac : Lignes de bus régulières depuis Mende, Alès ou Millau (source : liO Occitanie, réseau régional de transport).
-
Stationner à Florac : Parkings gratuits, gardiennage possible (en saison) auprès de certains hébergeurs.
-
Retour en cas d’abandon : Plusieurs points (Pont de Montvert, Le Bleymard, Bagnols-les-Bains) bénéficient d’arrêts de bus, mais fréquence parfois réduite. Taxis locaux sur réservation (répertoire accessible auprès des offices de tourisme).
Astuce locale : certains hébergeurs ou agences proposent des transferts de bagages ou de personnes à la demande, afin de soulager les randonneurs étape après étape.
Le petit patrimoine vivant du tour du mont Lozère
-
Légendes et histoires du mont Lozère : Le sommet des Finiels a longtemps été un repère frontière : ses montjoies servaient jadis de bornes, et il n’était pas rare que sorciers et rebouteux montent officier « entre ciel et terre ». Les histoires orales abondent, notamment au Pont de Montvert, théâtre de l’insurrection camisarde au XVIIe siècle.
-
Églises romanes et chapelles : Village du Bleymard, église de Saint-Maurice-de-Ventalon, petites chapelles isolées, autant de preuves d’un ancrage rural qui a survécu aux siècles.
-
Vieux moulins, fours à pain et fontaines : Chaque traversée de hameau est une invitation à observer les traces du passé : shelters à bétail, chaussées de pierre, lavoirs, autant d’indices d’un mode de vie sobre et inventif, façonné par la montagne.
Quelques conseils éclairés pour réussir son tour du mont Lozère
-
Niveau physique : Un entraînement modéré (randonnée à la journée avec sac de 8-10 kg) est conseillé : les variations de dénivelé, la rudesse du climat (brouillard, pluie, soleil sans ombre sur les crêtes) demandent endurance et autonomie.
-
Cartographie : Prévoir carte IGN 2739OT « Mont Lozère » et application GPS en complément, le balisage peut parfois être lacunaire au cœur de l’été.
-
Météo : En altitude, le temps change très vite. Prendre des vêtements pour le vent, les averses, et ne jamais sous-estimer l’effet du soleil (crème, lunettes, chapeau).
-
Réserver à l’avance : Pour dormir chez l’habitant ou en gîte d’étape, réserver quelques semaines à l’avance en juillet-août (beaucoup de randonneurs se posent ici après avoir parcouru le Stevenson).
L’esprit du GR68 : traverser, observer, ralentir
Le GR68 est la promesse d’une parenthèse rare, à l’écart des sur-fréquentations. Il s’adresse à ceux qui souhaitent s’imprégner de la vérité d’un territoire, sans artifice — revenir à Florac avec une mémoire chargée d’espace, de ciels immensément purs, de savoir-faire paysans et d’histoires encore vibrant à l’ombre des lauzes. Ici, la marche est une présence à soi et un dialogue avec la montagne, en toute simplicité et respect pour un pays authentique.
Pour aller plus loin : FFRandonnée, Parc national des Cévennes, Tourisme Occitanie.