Marcher, goûter, rencontrer : la randonnée et le vin en partage
Le Chemin de Stevenson traverse la Lozère sur un fil de reliefs, de silence immense et de villages séculaires. Cette randonnée, qui s’étire sur environ 252 km entre le Monastier-sur-Gazeille et Saint-Jean-du-Gard, n’est pas seulement une trace à suivre : c’est un art de la lenteur en dialogue avec la terre, le patrimoine et – chose rare – les plaisirs gourmands du terroir. Aujourd’hui, nombreux sont les territoires, de la Haute-Savoie aux Cévennes, qui souhaitent allier randonnée et découverte œnologique. Les routes du vin, autrefois réservées aux véhicules, se rêvent désormais en sentiers pour voyageurs curieux, prêts à alterner bâton de marche et verre à la main.
À travers le prisme du Chemin de Stevenson et du Pays de Florac, posons les jalons d’un tourisme respectueux et savoureux, qui pourrait inspirer les coteaux savoyards.
L’esprit Stevenson : du Mont Lozère à la Haute-Savoie, partage d’une philosophie
Stevenson, écrivain écossais fou de marche, écrivait : « Nul chemin n’est long pour celui qui marche lentement. » Son parcours en 1878, immortalisé dans « Voyage avec un âne dans les Cévennes », mêle déjà découverte, solitude et accueil. Cette démarche inspire aujourd'hui d'autres régions de France, dont la Haute-Savoie, à valoriser leurs sentiers sous un autre angle : celui du partage, de la découverte à pied et de la rencontre avec les savoir-faire locaux.
En Lozère, le Chemin de Stevenson est autant une traversée de paysages qu’une traversée humaine : hôtels familiaux, petites auberges, gîtes et fermes ponctuent la marche.
En Haute-Savoie, les routes du vin pourraient puiser dans cette philosophie, en proposant aux marcheurs de relier domaines viticoles, villages perchés, fermes et caves, à travers des sentiers balisés, goûteux et contemplatifs.
Du Méjean aux vignes : cartographie de la rencontre entre sentiers et terroirs
Le causse Méjean, plateau lunaire de Lozère balayé par les vents, incarne cette alliance du rude et du gourmand. Après une longue étape d’horizon nu, le randonneur apprécie d’autant plus un fromage de brebis, un croquant aux noix, ou un verre de vin local. À l’image de ce contraste, la Haute-Savoie, réputée pour ses pentes de vignes escarpées (Marignan, Crépy, Ripaille...), offre un terrain propice à lier découverte pédestre et produits d’appellation.
Relier, par exemple, les villages de Marignier, Lugrin ou Yvoire à pied, en suivant un fil paysager, donnerait du sens à la dégustation. On ne comprend la subtilité d’un vin de terroir – acide, minéral, fruité – que dans le paysage qui l’a vu naître.
Prendre la route : comment s’organisent les itinéraires
Le GR®70 (Chemin de Stevenson) se parcourt en 12 à 15 jours pour une randonnée intégrale, mais de nombreuses étapes plus courtes, particulièrement accessibles sur le tronçon lozérien, sont possibles. Chaque randonneur adapte son rythme et ses envies : certains privilégient la solitude du mont Lozère, d’autres les villages cévenols ou un bivouac sur les hauteurs du Tarn.
En Haute-Savoie, penser des "routes du vin" à pied demande de structurer le territoire. Voici un tableau comparatif entre une étape type du Chemin de Stevenson en Lozère et un itinéraire piéton dans les vignobles savoyards :
| Itinéraire | Distance | Dénivelé | Saisons | Points marquants |
| Chemin de Stevenson (Florac à Saint-Julien-d’Arpaon) | 17 km | +500 m/-450 m | Avril à octobre | Gorges du Tarn, ancienne voie ferrée, château d’Arpaon |
| Proposition Route du Vin (Yvoire à Ballaison) | 14 km | +320 m/-310 m | Mai à octobre | Vignes de Crépy, villages perchés, vue sur Léman |
La logistique reste simple en Lozère : nombreux hébergements chambre d’hôte, gares routières à Florac ou Le Bleymard, et signalétique officielle du Parc national des Cévennes.
En Haute-Savoie, l’offre se développe autour de la randonnée douce, avec hébergements labellisés « Vignobles & Découvertes », visites de caves, pauses en épicerie de terroir.
Conseils de préparation : cartes, accès, respect du vivant
Pour qui veut marcher sur les traces de Stevenson ou sur des pentes savoyardes, un minimum de préparation est nécessaire :
- Cartes : cartographie IGN (3636 Ouest pour le Mont Lozère), topo-guides FFRandonnée (référence GR®70), applications de randonnée (Visorando, IGN Rando).
- Accès : depuis Florac, liaison par bus Lio (ligne 258), parkings longue durée au village. En Haute-Savoie, gares à Thonon-les-Bains, bus départementaux, parkings communaux dans les villages viticoles.
- Équipement : chaussures adaptées aux terrains caillouteux, vêtements adaptés (été parfois orageux, automne frais), sacs à dos légers.
- Respect : sur le GR®70, respecter le balisage blanc-rouge, ne pas sortir des sentiers en terres cévenoles (zones protégées du Parc national). Ni cueillette, ni feu hors zones prévues. Garder ses déchets.
- Dégustation et hébergement : anticiper les réservations, surtout en été et les week-ends de septembre (vendanges, festivals vignerons en Haute-Savoie).
La carte IGN et le topo-guide restent les références obligatoires pour avancer en sécurité et autonomie.
Exemples concrets : étapes savoureuses et points de rencontre
Sur le Chemin de Stevenson en Lozère, plusieurs lieux permettent de joindre randonnée et terroir :
- Au mas de La Borie, près de Cassagnas, halte gourmande et fromages de brebis.
- À Florac, marchés locaux tous les jeudis, produits du causse Méjean (fromages, miel).
- Pause possible au Col de Finiels, sommet du Mont Lozère, autour d’un pic-nique de charcuterie et de lentilles blondes du Velay.
En Haute-Savoie, des points d’appui pour un itinéraire piéton du vin :
- Château de Ripaille : cave, visite vignoble, dégustation (Ripaille AOP).
- Cellier de la Côte d’Arve à Marignier : vente directe, accueil randonneur.
- Chez un producteur à Lugrin, découverte du chasselas.
Des sentiers balisés permettent déjà de relier certains villages viticoles en balcon sur le Léman, particulièrement entre Ballaison, Allinges et Bons-en-Chablais.
Respect des paysages et habitants : rappel des principes essentiels
L’essor combiné de la randonnée et du tourisme du vin doit s’accompagner d’une vigilance particulière sur la préservation des milieux. Dans le Parc national des Cévennes comme sur les routes savoyardes, chaque marcheur est invité à :
- Rester sur les sentiers balisés pour éviter l’érosion et le dérangement de la faune (rapaces le long des falaises, troupeaux au pâturage sur le Méjean).
- Prendre ses déchets et limiter l’usage de contenants jetables.
- Ne pas allumer de feu, et respecter la réglementation sur les bivouacs.
- Limiter la cueillette ; respecter la flore, éviter de perturber la végétation des bords de chemin.
- Dialoguer avec les habitants, demander l’autorisation pour entrer dans une parcelle privée (fréquent en zone viticole).
Le « bon marcheur » est celui qui passe sans trace, et qui sait savourer en conscience.
FAQ sur la randonnée œnologique et le Chemin de Stevenson
- Peut-on associer randonnée et dégustation sur le Chemin de Stevenson ?
Oui, certains hébergements proposent des repas avec des produits locaux, et il est possible d’organiser des soirées dégustation dans les gîtes d’étape. Toutefois, la randonnée reste prioritaire : la vigilance est de mise sur l’alcool pendant la marche. - Existe-t-il des sentiers du vin à pied en Haute-Savoie ?
Des initiatives émergent, notamment autour du Léman, entre villages de vignerons. Il est conseillé de se rapprocher des offices du tourisme pour connaître l’état actuel des balisages. - Est-il possible de randonner avec un âne sur l’un ou l'autre itinéraire ?
Oui sur le Chemin de Stevenson, où plusieurs prestataires louent des ânes bâtés. En Haute-Savoie, ce n'est pas la pratique dominante, les sentiers étant souvent plus raides et étroits. - Faut-il réserver l’hébergement à l’avance ?
Sur le Stevenson, il est prudent de réserver, surtout en haute saison. En Haute-Savoie, le réseau est parfois moins dense : mieux vaut anticiper pour les chambres d’hôtes ou les nuits en cave.
Préparer son pas, aiguiser ses sens : une invitation douce à la marche gourmande
Chemin de Stevenson ou routes du vin savoyardes, ces chemins invitent à ralentir, à voir la lumière filer sur les genêts du causse, à respirer l’humidité d’un matin sur les vignes face au Léman. La marche, ici, permet d’entrer en résonance avec les lieux : on découvre le vin autrement, on se lie différemment au paysage. Pour vivre pleinement l’expérience :
- Préparer son itinéraire et ses hébergements en avance.
- S’informer auprès des Parc national des Cévennes ou d’un office du tourisme savoyard pour connaître les règles locales.
- Adopter une allure douce, attentive à chaque rencontre, chaque dégustation, chaque horizon : ici, l’important est d’oser s’arrêter, goûter, écouter.
C’est ainsi qu’on revient, plus riche, du chemin – d’où qu’il vienne.